Humeur

Notre parcours en PMA – Deuxième partie

Après un an à passer des examens et à courir les rendez vous médicaux pour comprendre pourquoi nous n’arrivions pas à avoir un enfant naturellement, nous sommes entrés en parcours de PMA. J’étais pleine d’espoir car nous avions enfin une solution, certes pas idéale mais c’était une solution. Je ne me doutais pas à quel point nous aurions besoin d’espoir, de patience et de courage.

La réunion d’informations de la PMA

Presqu’un an, jour pour jour, que nous avions décidé d’avoir un enfant, nous nous sommes rendus à la réunion d’informations du centre de PMA. Il y avait de nombreux couples présents, de tous les âges. Personne ne parlait, nous baissions tous les yeux comme si nous avions un peu honte de nous retrouver là. En même temps, qu’aurions pu nous dire ? “Bonjour, enchanté, vous galèrez, vous aussi ? Bienvenue au club !”.

S’en fut ensuite suivi des interventions respectives de la Biologiste, la Psychologue et la Gynécologue. Tout était très médicalisé et peu humanisé. Malgré cela, ayant une formation scientifique, j’étais à l’aise avec ces mots. Ce qui m’a le plus frappé a été l’intervention de la Psychologue. J’ai été touchée par la justesse de ses mots pourtant sans détours. J’ai ressenti alors le besoin de prendre rendez vous avec elle.

Le premier rendez vous avec la gynécologue de la PMA

Désormais, Pierre m’accompagnait à tous les rendez vous. C’était devenu notre projet commun.

Lors du premier rendez vous, nous avons eu droit à un questionnaire très détaillé et intime. J’ai été plus rassurée que ce soit une femme. Au contraire, je sentais Pierre un peu gêné par la situation, lui si pudique. Ce premier rendez vous était pendant l’été mais pour le moment, il n’était pas encore question d’entamer de protocole. Nous avions encore plusieurs examens médicaux à passer.

Entre temps, je devais recommencer à prendre la pilule. Oui, vous avez bien lu! Puisque je n’avais toujours pas de cycle, il fallait en créer un faux pour pouvoir débuter le protocole. J’ai très mal vécu cela, j’avais l’impression de m’empoisonner tous les jours avec un médicament que je m’étais jurée de ne plus reprendre.

Tout cela nous a encore pris plusieurs mois. C’est à la fin de l’année que la gynécologue nous a annoncé que nous aurions recours à une Fécondation In Vitro avec ICSI et l’on pouvait débuter une première tentative.

La FIV en quelques mots

Lors d’un protocole de FIV, quatre tentatives sont prises en charge par la Sécurité Sociale. Une tentative comprend stimulation ovarienne, ponction d’ovocytes au bloc opératoire (sous anesthésie générale), fécondation in vitro et transfert d’embryon.

Lors d’une FIV standard, les spermatozoïdes et ovocytes sont simplement mis en contact ensemble et la magie s’opère toute seule. Pour une FIV avec ICSI, le laboratoire va micro injecter un spermatozoïde dans un ovocyte.

Si la tentative est interrompue à un moment du processus, elle ne “compte” pas. Si suite à la FIV, il reste plusieurs embryons non transférés, ceux ci sont congelés. Le transfert d’embryons congelés “compte” dans la même tentative.

La première tentative de PMA

Nous étions au mois de janvier quand j’ai commencé la stimulation ovarienne. Cela consiste à s’injecter des hormones chaque soir à la même heure pendant environ deux semaines. Une injection permet de stimuler l’ovulation et la seconde (qui s’intègre un peu après) la bloque.

Tous les deux jours, on doit contrôler l’évolution du processus (et adapter le traitement) avec une prise de sang et une échographie. Cela se passe en général le matin et on n’a pas d’autres choix que de se rendre disponible. J’ai donc du prévenir ma direction.

A côté de cela, je faisais des séances très régulières d’acupuncture proposées par le centre de PMA. Autant vous dire, que je m’y suis donc rendue quasiment tous les jours pendant cette période.

Malheureusement, cette première stimulation n’a pas fonctionné. J’étais épuisée par les injections et ma poitrine avait doublé de volume mais mes ovaires ne semblaient pas réagir.

Nous avons donc interrompu la tentative à la fin de la seconde semaine. Je l’ai vécu comme un échec. C’était dur car cela me renvoyait à ce que je vivais depuis un an : ne pas comprendre ce qu’il se passait dans mon corps.

La seconde première tentative

La stimulation

J’ai donc interrompu les injections et pris un médicament pour provoquer mes règles. Dès leur arrivée, j’ai recommencé les injections. Le protocole restait le même mais le produit pour stimuler l’ovulation était différent. je continuais les séances d’acupuncture à côté.

Cette fois ci, mon corps à réagit. J’ai ressenti un immense soulagement à la première échographie. Nous avons pu aller jusqu’au bout de la stimulation. Au bout de deux semaines, j’ai eu une dernière piqure pour déclencher l’ovulation. Trente six heures après, je passais au bloc opératoire sous anesthésie générale afin que l’on ponctionne mes ovocytes.

La ponction d’ovocytes

L’opération dure moins d’une demie heure et j’ai été très bien entourée du début à la fin par l’équipe médicale. On rentre le matin tôt et on ressort vers midi. La seule consigne est de rester le plus au calme possible l’après midi. C’est tout. Personne ne m’avait prévenu que mon corps allait gonfler au point de prendre 2 kilos en 24 heures. Mais surtout, personne ne m’avait prévenu que j’allais avoir mal, très mal. J’avais simplement une ordonnance avec du Spasfon et du Doliprane “en cas de douleurs”.

J’ai très mal vécu les jours qui ont suivi la ponction. J’avais tellement mal que j’étais obligée de rester couchée. Je ne reconnaissais pas ce corps à l’arrêt, gonflé et endolori qui était pourtant le mien.

Le transfert d’embryon

Trois jours après la ponction, je marchais encore douloureusement. Nous avons pourtant du nous rendre au centre de PMA car c’était le jour du transfert d’embryon. Je me fichais de la douleur, j’étais très heureuse et surexcitée.

Ce jour là, on m’a transféré deux embryons. La procédure est très rapide et indolore. Après cela, on est sensé “reprendre sa vie normale” et faire un test de grossesse deux semaines après.

Deux semaines d’attente

J’étais pleine de joie. Je portais enfin la vie en moi! “Mais attends, est ce que je la porte vraiment ? Médicalement parlant, je ne suis pas encore enceinte. Il faut que les embryons (ou un des deux) s’accroche(nt). Donc si je ne suis pas enceinte, je peux faire du sport, boire du vin… Ah non je ne peux pas? Bah donc je suis quoi alors ?” Voilà un bref aperçu de ce qui se passait dans ma tête les jours qui ont suivi.

A côté de ça, j’avais perdu les 2 kilos pris à la suite de la ponction mais je me sentais toujours gonflée. Je me voyais “grosse”. Je savais que cela allait arriver. J’avais tenté de lâcher prise sur mon poids avec le défi “Balance ta balance” mais mes anciens démons me revenaient en pleine face.

J’ai saigné abondamment trois jours avant de faire le test de grossesse. Le soir même, j’ai enchainé les verres d’alcool et j’ai fumé plusieurs cigarettes.

Est ce mon corps qui n’était pas prêt ? Etait ce ma tête ? Est ce qu’une petite âme ne nous avait pas encore choisi pour que nous devenions ses parents ? Ces questions bourdonnaient dans ma tête et je n’avais qu’une envie : ne plus entendre parler de PMA pour le moment. Seulement ce n’était pas si facile. J’étais obligée de continuer de prendre de la progestérone et de faire le test de grossesse à la date prévue. Je trouvais cela cruel et inhumain. Mais j’ai fait mon bon petit soldat. Je me suis mise en pilote automatique jusqu’à ce que ma gynécologue me dise que c’était fini.

Une longue pause avec la PMA

Je me souviens qu’elle était optimiste au téléphone. C’est extrêmement rare qu’une première tentative fonctionne. Puisque nous n’avions pas pu congeler d’embryon, elle m’a proposé de faire une seconde tentative le mois suivant. J’ai refusé catégoriquement. J’avais besoin de souffler. Je venais d’enchaîner deux mois de traitement. Deux mois qui n’avaient tourné qu’autour de ça. Je lui ai dis que je reviendrais vers elle quand je serais prête. Nous étions le lundi 9 mars. Huit jours après, le président de la République nous annonçait un confinement national.

Ayant une profession médicale, j’ai continué d’aller travailler pendant le confinement. L’atmosphère extérieure, le stress d’être contaminé/de contaminer s’opposaient à la bulle de douceur que nous avions créé dans notre chez nous. Tout cela m’a sorti la PMA de l’esprit.

Un mois après le déconfinement, j’ai appris que les protocoles avaient repris. Pierre m’avait laissé libre de choisir le moment pour démarrer la seconde tentative. Sur une impulsion, j’ai contacté ma gynécologue pour lui dire que je voulais recommencer.

La deuxième tentative

Les injections

J’étais prête. Je savais exactement comment cela allait se dérouler. Cette fois là, il n’était pas question de me prendre le chou ni de m’arrêter de vivre à côté.

J’ai donc repris les injections mais pas l’acupuncture. Je souhaitais avoir l’emploi du temps le plus souple possible. Ce n’était déjà pas facile de conjuguer cela avec le travail. Depuis le confinement, je m’étais mise au sport à la maison. Plus besoin de courir jusqu’au Dojo de Pilates, j’avais donc plus de temps pour moi.

Malgré la fatigue, j’avais besoin de revoir mes proches. Je me suis donc accordée une sortie en semaine et une le week-end pour pouvoir conjuguer détente et repos. Une fois, je suis même arrivée chez une de mes meilleures amies avec ma glacière et mes produits à m’injecter !

La ponction puis le transfert

Le jour de la ponction, j’avais prévu une robe large car je savais que j’allais gonfler et que c’était OK. J’avais surtout prévu d’absolument rien faire dans le week-end à part lire, binge watcher Netflix et boire des tonnes d’infusions de feuilles de framboisier et d’ortie.

Cette fois ci, le transfert d’embryon s’est déroulé cinq jours après, que j’avais passé à appliquer scrupuleusement mon programme. Je me sentais plus détendue, en mode “on verra bien, de toute façon je ne contrôle rien”.

Deux semaines d’attente

J’ai repris le travail en me ménageant le plus possible. J’ai continué de sortir en amoureux ou entre amis. La veille du test de grossesse, j’ai même bu un verre de vin et fumer une cigarette en disant “je sais pas, je suis pas au courant”.

Lorsque j’ai appris le résultat, j’ai explosé de joie. Les larmes se mêlaient aux rires et aux cris. Je me souviens avoir levé les yeux au ciel et avoir remercié l’Univers.

Ce qui m’a aidé à tenir

Pour conclure ce témoignage, j’avais envie de remercier les personnes qui m’ont entouré dans ce parcours du combattant.

Pierre qui est mon pilier, mon roc insubmersible. Lui aussi a bien morflé, lui aussi a eu ressenti de la peine lors des multiples annonces de grossesse la dernière année. Mais il a toujours été là pour me soutenir, m’écouter, me consoler. Cultiver des moments privilégiés avec lui (sorties, dîners en amoureux, week end d’escapade…), avoir de longues conversations (souvent autour d’une bouteille de vin) et surtout beaucoup de tendresses nous ont permis de tenir bon et d’avancer main dans la main.

Ma mère qui a été une puissante alliée dans cette bataille. Elle a tout suivi : les premiers examens, l’annonce de la PMA, les différentes tentatives et bien sûr l’heureux événement. Elle m’a toujours défendu bec et ongles face aux remarques parfois (très) lourdes de la famille “C’est pour quand?”, “Mais vous savez comment on fait quand même?”, “Pauline a plus de 30 ans, elle devrait s’y mettre…”.

Mes amies qui ont su m’écouter et me consoler même si elles ne comprenaient pas forcement ce que je vivais.

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Et pour finir, l’ensemble de l’équipe médicale qui m’a accompagné dans ce long périple.

A toi qui galère, qui n’en peut plus d’entendre “c’est pour quand?”, qui pleure à chaque annonce de grossesse, puis qui culpabilise de ne pas arriver à être heureuse pour les autres. Je t’envoie tout mon amour et te souhaite de tout coeur d’avoir toi aussi ton petit miracle.

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1 Comment

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    Gladoue
    12 octobre 2020 at 14 02 05 100510

    Et surtout felicitations et bravo ! Et encore merci du coup.

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