Humeur

Je n’ai pas la chance d’être en confinement

Cet article n’était absolument pas prévu. C’est en rédigeant l’introduction de ce que je pensais être mon prochain billet, que je me suis dit que j’avais envie de vous parler à coeur ouvert. C’est une résolution que j’ai prise depuis le mois de janvier. Aujourd’hui, j’ai envie de vous confier que je n’ai pas la chance d’être en confinement et que j’ai peur.

Travailler pendant le confinement

Contrairement à la majorité des Français, je ne suis pas confinée chez moi. Je suis technicienne de laboratoire en analyses médicales et je continue d’aller travailler. Et chaque jour, lorsque je franchis le pas de ma porte, j’ai peur.

J’ai constamment une boule au ventre, j’ai du mal à m’endormir, mon souffle est court, j’ai des poussées de psoriasis sur tout le crâne. Je pourrais me mettre en arrêt mais c’est mal me connaître et surtout c’est mal connaître le corps médical. J’ai choisi ce métier car je voulais aider les gens. Alors ma peur, je me la colle sous le bras et je pars bosser quoi qu’il arrive.

Finalement on parle très peu voir pas du tout de notre métier dans les médias. C’est vrai que nous ne sommes pas en première ligne contrairement au personnel soignant, à qui je tiens à adresser toute mon admiration au passage. Mais c’est grâce à nous que les analyses sont effectuées et grâce aux résultats que nous fournissons que les médecins peuvent poser leur diagnostic. Tout comme c’est grâce aux pompiers que sont assurés les premiers secours, aux brancardiers que sont transportés les malades, aux pharmaciens que sont fournis les traitements, aux livreurs que sont assurés les approvisionnements… Sans compter toutes les personnes qui oeuvrent à maintenir les services de première nécessité et qui risquent d’être contaminés chaque jour.

La peur d’être contagieuse

Je n’ai pas peur pour moi ou pour mon compagnon. Nous sommes jeunes et en bonne santé. Même si nous l’attrapons, il n’y a que très peu de chance pour qu’il y ai des complications. Ce qui me terrifie ce serait de contaminer des personnes sensibles. Car rappelons le, la période d’incubation dure jusqu’à deux semaines et pendant cette période, il n’y a pas de symptômes. On peut être aussi porteur sain. C’est à dire que l’on transporte le virus sans en être affecté. On ne tombe pas malade mais on peut transmettre la maladie. Des personnes pourraient mourir à cause de moi. Ma poitrine est prise dans un étau, rien qu’à cette idée.

Alors je me protège le plus possible au travail. J’applique les gestes barrières et je respecte le confinement en dehors des heures de boulot. Et surtout, je prie pour que ce cauchemar cesse bientôt.

Le confinement et l’extérieur : deux mondes parallèles

Lorsque je suis en repos, je vis la vie de confinée et honnêtement c’est assez agréable. Je cuisine, je suis des cours de sport ou de méditation en ligne, je fais des siestes (pour récupérer de la nuit), je fais le tour du quartier avec mon chien, je bouquine, je regarde des séries. C’est une sorte de bon gros dimanche prolongé. Je suis privilégiée et j’en suis consciente. Nous sommes deux, sans enfants à gérer, dans une maison avec un jardin. De plus, je suis consciente de ne pas connaître autant l’ennui que quelqu’un qui doit rester chez lui. Mais ce que je veux dire, c’est que quelque soit la situation, lorsque l’on est confiné, on est à l’abri.

Par contre, dès que je sors, j’ai l’impression de vivre “le jour d’après”. La ville est silencieuse, c’est presque angoissant. Le peu de personne que l’on croise vous regarde d’un air suspect. La plupart porte des gants et un masque… c’est carrément flippant! On fait la queue loin des autres pour faire nos courses, on ne se touche plus, on se désinfecte constamment les mains. Nos déplacements doivent être justifiés et contrôlés. Lorsque l’on croise quelqu’un on fait un bond d’un mètre. Au travail, on porte blouse, pantalon, chaussures. On se lave les mains toutes les 10 minutes et on effectue des chorégraphies pour se tenir tous à un mètre. On fait un roulement en salle de repos. Mais on discute beaucoup aussi, on se confie et ça fait du bien.

Il y aura un après

Je rêve du jour où tout sera terminé. Où nous serons libres de sortir sans attestation, de courir, de nous toucher… car oui nous viendrons à bout du Coronavirus, oui il y aura un après. Et la première chose que je ferais sera d’aller embrasser mes parents.

Je rêve aussi que ce confinement, nous aura appris à apprécier d’avantage les choses simples. J’espère que cela aura un impact sur la surconsommation dans laquelle nous étions avant ça.

Et vous, quelle est la première chose que vous ferez quand tout sera terminé?

Prenez bien soin de vous.

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4 Comments

  • Reply
    julie G
    30 mars 2020 at 14 02 36 03363

    Je me vois tellement dans ce post.. Je suis infirmière puéricultrice en libéral, donc je sors travailler avec la boule au ventre.. Je me balade en voiture avec un masque canard, je me lave 15 fois les mains par jour.. Les jours de repos par contre, c’est plus sport : 2 garçons en bas âge à occuper, câliner, gérer.. et un conjoint directeur d’école qui travaille encore a mi temps on va dire.. Pas de tout repos mais un tout petit peu plus de temps pour avoir une maison propre et rangée, faire du tri, du sport… Bon courage ! un plaisir de te suivre.

    • Reply
      lananasblonde
      30 mars 2020 at 15 03 05 03053

      Merci d’avoir pris le temps de me laisser un petit mot Julie et merci d’avoir partagé un peu de toi. Je te souhaite beaucoup de courage pour affronter cette période difficile. Prends soin de toi et de ta famille.

      Pauline

  • Reply
    Cassandra Polito
    30 mars 2020 at 12 12 55 03553

    Cet article fait beaucoup de bien.
    Je t’envoie tout mon courage et pleins de pensées positives pour ce moment difficile à traverser !
    Bisous Pauline !
    Cassandra

    • Reply
      lananasblonde
      30 mars 2020 at 14 02 35 03353

      Oh merci beaucoup Cassandra. J’espère que tout va bien pour toi.
      Pauline

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